
Texte court de Stéphane Theri
J'aime ! J'aime ! J'aime !

Dans la chanson d'Alain Souchon, le personnage a dix ans. Moi, je veux en avoir douze. Mais, pour tout vous dire, ça fait trois ans que j’ai douze ans. Vous vous demandez pourquoi. Et bien, voilà ce qui m’arrive. Depuis trois ans, je suis amoureuse. Je ne sais faire qu’une chose, aimer. Trop forte la fille, la meuf, la gazelle, la ce que vous voulez, qu’importe, j’aime !!! J'aime un peu. J’aime beaucoup. J’aime passionnément et, je vais aller jusqu’à vous avouer que finalement, j’aime à la folie.
Oui, je sais exactement ce que vous pensez : Elle est bien jeune pour être aussi sûre d’elle.
C’est ce que Maman et Papa me disent et me répètent depuis que j’ai douze ans, donc depuis trois ans. Il n’y a rien à dire pour les faire changer d’avis. Et, bien évidemment, il n’y a rien à dire ni à répéter utilement pour me faire changer d’idée. Je suis amoureuse. Je le suis comme au premier jour. Pour moi, le soleil se lève et se couche avec lui. A mes yeux, et je me fiche de ce que pourraient voir les yeux des autres, c’est le plus beau, c’est le plus fort et surtout, c’est le plus drôle. Il n’est même pas beau mon Polo. D’ailleurs, il ne s’appelle pas Polo et je me fiche totalement de tout ce que je peux entendre.
Ce que je vis depuis trois ans me semble limpide. Je suis incapable de passer une seconde de ma vie sans penser à lui. Je l’aime le jour et la nuit. Je l’aime, éveillée et mes nuits sont tellement féériques avec les rêves que je fais de nous que finalement, je peux dire que je l’aime tout le temps. Même si Maman et Papa, chacun à leur tour ou en choeur, ne cessent de me répéter que je suis trop jeune pour savoir ce que c'est que l'amour, moi, j'ai la certitude que je suis en plein dedans. Ils peuvent rire, ma folie n'est pas passagère, elle est juste dévorante. Plus de place pour les autres et surtout pour les copines. Pas envie qu’on me le pique mon Polo. Je dis mon Polo pour que personne, à part Maman et Papa, sachent comment l’objet de tout mon amour se nomme. Du coup, j’évite l’incursion des copines et pseudo copines et ce n’est pas un mal.
C’est vrai, je ne sais pour quelles raisons, dès qu’une fille embrasse un garçon ou livre aux autres ses envies, son coup de coeur pour un garçon, elle devient l’épicentre de l’emploi du temps de toute la classe. Si une chose est limpide, c’est la férocité avec laquelle je vais défendre mon espace romantique. Pas question pour moi d’aller passer un post sur Insta ou WhatsApp. et de montrer la frimousse de mon prince charmant. Je n’ai absolument pas envie de voir une déferlante de messages inutiles, puérils ou indiscrets inonder mon espace amoureux. Mon Polo me suffit bien. Il est génial et comme moi, il a dit merde à tous ses copains pour griller avec moi tout le temps que cette dernière année de collège et les devoirs nous laissent.
Vous en connaissez beaucoup des garçons de douze ans qui passent une nuit complète à vous écrire des poèmes. C’est comme ça qu’il m’a désarçonnée mon Polo. Ouvrez bien vos oreilles. 32 poèmes en une seule nuit et pas un qui s’éloignait de moi. J’ai eu l’impression, à la lecture du premier jusqu’au dernier, d’être devant le miroir magique de Blanche-Neige, j’étais assurément la plus belle du royaume et..... je veux le rester !!!!!!!
Stéphane Theri
Extrait du recueil "Bribes de mots"
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